Soutenance de thèse de TESTART Nicolas
Titre de thèse
La SFIO et la question coloniale : 1905 - 1946
The SFIO and the colonial question : 1905 - 1946
Résumé de la thèse
Complexe autant qu'il pourrait sembler simple de prime abord, le rapport qu'entretient la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) avec la colonisation se caractérise initialement par une condamnation sans failles. Placées sous le sceau du capitalisme, les « flibusteries coloniales » sont accusées de dilapider l'or et le sang de la France. Pourtant, cette critique historique éclipse en réalité une fébrilité idéologique qui peine à extraire l'analyse du colonialisme de son origine capitaliste. Au surplus, cette condamnation, portée essentiellement par d'éminentes figures du socialisme, masque mal les carences idéologiques et le manque d'appropriation de ce débat par les militants.
Appropriation lacunaire du problème, analyse limitée du phénomène, fonctionnement structurel en tendances du parti sont autant de facteurs qui conduisent peu à peu à l'émergence chez les socialistes d'une multitude de points de vue à l'égard du fait colonial. Entre impératif moral universaliste, perspective d'une expérimentation coloniale socialiste et condamnation de la colonisation capitaliste dont la réforme est indispensable, les courants se multiplient tout en convergeant progressivement vers l'acceptation d'un phénomène historique qui leur apparaît désormais incontestable, sous condition cependant d'humanisme.
S'en suivent alors plusieurs décennies de tergiversations, au cours desquelles les socialistes français, autant influencés par les circonstances historiques que contraints par leur exercice du pouvoir, vont osciller entre réforme coloniale indispensable et conservation nécessaire de l'intégrité de l'Empire colonial français. Leurs propositions porteront peu à peu les stigmates de ces hésitations, que les populations impériales accueilleront d'abord avec incompréhension, avant que celle-ci ne laisse progressivement place à la déception puis à la rupture inévitable mais prévisible. La célébration de la « Plus Grande France » et l'adoption de la nouvelle Constitution à l'issue de la Seconde guerre mondiale scelleront le divorce entre socialistes et populations de l'Empire, dont le déclenchement de la guerre d'Indochine sous l'égide du gouvernement de Léon Blum sera le funeste et éclatant symbole.
Thesis resume
Far more complex than it may appear at first glance, the relationship between the French Section of the Workers' International (SFIO) and colonialism was initially characterised by unflinching condemnation. Viewed as a product of capitalism, “colonial piracy“ was accused of squandering France's blood and treasure. However, this historical critique in fact concealed an ideological unease that struggled to dissociate the analysis of colonialism from its capitalist origins. Moreover, this condemnation, largely articulated by prominent socialist figures, did little to conceal the ideological shortcomings and the failure of party activists to fully engage with the debate.
A partial appropriation of the colonial question, a limited analysis of the phenomenon, and the party's structurally factional nature were all factors that gradually led to the emergence among socialists of a wide range of positions regarding colonialism. Between a universalist moral imperative, the prospect of a socialist colonial experiment, and the denunciation of capitalist colonialism – whose reform appeared indispensable – these ideological tendencies multiplied whilst gradually converging towards the acceptance of colonialism as an indisputable historical reality, provided, however, that it remained grounded in humanist principles.
This was followed by several decades of vacillation, during which French socialists, influenced as much by historical circumstances as constrained by their experience in power, wavered between the imperative of colonial reform and the necessary preservation of the integrity of the French colonial empire. Their proposals increasingly bore the imprint of these hesitations, which the colonial populations initially met with incomprehension, before incomprehension gradually gave way to disappointment and ultimately to an inevitable yet foreseeable rupture. The celebration of “Greater France“ and the adoption of the new Constitution following the Second World War sealed the rift between the Socialists and the peoples of the Empire, a rupture tragically symbolised by the outbreak of the Indochina War under the government of Léon Blum.