Soutenance de thèse de Chiara PETTENELLA

Ecole Doctorale
Sciences Juridiques et Politiques
Spécialité
établissement
Aix-Marseille Université
Mots Clés
mineurs non accompagnés,catégorisation,politiques migratoires européennes,vulnérabilité,gouvernement transnational des migrations,Égypte
Keywords
unaccompanied minors,categorization,EU migration policies,vulnerability,transnational migration governement,Egypt
Titre de thèse
Gouverner les migrations par la vulnérabilité. Une sociologie de la catégorie mineurs non accompagnés. Bruxelles, Catane, Le Caire (1997-2017)
Governing migrations through vulnerability. A sociology of the category of unaccompanied minors. Brussels, Catania, Cairo (1997-2017)
Date
Vendredi 25 Janvier 2019 à 9:30
Adresse
Espace Philippe Seguin 31 Avenue Jean Dalmas, 13100 Aix-en-Provence
EPS 001
Jury
Directeur de these M. Jean-pierre GAUDIN Sciences Po Aix
Rapporteur Mme Virginie GUIRAUDON Sciences Po Paris
Rapporteur M. Alain MORICE Université Paris Diderot
Examinateur M. Philippe ALDRIN Sciences Po Aix
Examinateur M. Kamel DORAï Institut français du Proche-Orient (Ifpo), Beyrouth, Liban

Résumé de la thèse

Cette thèse propose d'étudier une catégorie d'intervention des politiques migratoires : les mineurs non accompagnés. À rebours d'une vaste littérature qui traite les mineurs non accompagnés en tant que groupe – posant des questions concernant leurs trajectoires migratoires, leur résilience plutôt que leur vulnérabilité, ou l'efficacité des politiques censées les protéger –, cette thèse s'inscrit dans une approche constructiviste et interroge les processus par lesquels la catégorie « mineurs non accompagnés » est donnée à voir. Nous analysons la conception de la catégorie juridico-administrative dans les politiques européennes ; les processus de transnationalisation dont elle fait l'objet, et les pratiques d'identification et de surveillance par lesquelles elles est mise en œuvre. Représentés comme les « plus vulnérables » parmi les migrants, les mineurs non accompagnés, apparaissent d'un côté comme un révélateur privilégié du fonctionnement du gouvernement transnational des migrations en Méditerranée, mettant en lumière l'articulation, plutôt que l'opposition, entre traitement humanitaire et sécuritaire des migrants. D'un autre côté, la catégorie « mineurs non accompagnés » fonctionne comme un opérateur de changement : son institutionnalisation réorganise le travail au concret d'acteurs des politiques migratoires et de protection de l'enfance et véhicule des changements dans ces politiques. Cette thèse couvre une période de vingt ans et investit trois terrains d'enquête. Tout d'abord, les forums et les arènes européens à Bruxelles, où se dégagent les représentations compassionnelles, et les logiques organisationnelles et professionnelles sur lesquels reposent les concurrences entre acteurs de la protection de l'enfance, des migrations et de la sécurité pour la définition légitime de la catégorie mineurs non accompagnés. Les données empiriques montrent la communautarisation du « problème » dans les politiques dites d'asile, d'abord, puis son inscription dans des pratiques sécuritaire en lien avec la lutte contre la traite et le trafic de migrants. Au delà des frontières européennes, l'Égypte est signalée par les acteurs transnationaux comme un « pays d'origine » de mineurs non accompagnés. La Commission européenne et des organisations internationales – l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), notamment – déploient des efforts auprès d'élites nationales égyptiennes dans le but de susciter l'émergence d'un problème public « mineurs non accompagnés » à l'échelle nationale. Un Comité national récemment créé va faire adopter une loi contre le trafic de migrants prenant en compte la notion de vulnérabilité de catégories spécifiques de migrants, dont les mineurs non accompagnés. Cette loi se traduit par un renforcement de la frontière égyptienne dans le but de contrôler les départs de migrants vers l'Europe. Le troisième terrain a été mené à une frontière de l'Union européenne. Il prend en compte le cas de Catane (dans l'est de la Sicile) où sont données à voir les opérations d'individuation des mineurs non accompagnés arrivant par mer par les agents sécuritaires et humanitaires des migrations, et les pratiques de surveillance déployées par les professionnels de la prise en charge sociale des migrants ; mais aussi les pratiques de résistance à/par la catégorie déployées par les migrants eux-mêmes. Du point de vue méthodologique, le choix d'un objet resserré, à savoir la catégorie « mineurs non accompagnés », permet d'élargir par ailleurs l'analyse, en incluant décideurs, agents à qui revient la mise en œuvre d'actions visant les mineurs non accompagnés, et migrants se disant ou étant identifiés comme appartenant à cette catégorie ; d'un autre côté, il rend viable une analyse qui englobe, avec le centre décisionnel bruxellois, un espace transnational où la catégorie est continuellement redéfinie.

Thesis resume

In this dissertation, we study the career of a target category within migration policies, i.e. unaccompanied minors. Scholars have mostly dealt with unaccompanied minors as an existing group, asking, among others, what their migration trajectories are, whether they are resilient or vulnerable, and the efficiency of protection policies targeting them. Adopting a constructivist approach, this dissertation asks instead : what are the processes through which the category “unaccompanied minors” is actually incorporated into public policy and made visible? Here, its conception as a legal category within European policies is analyzed, along with its transnationalisation, and implementation. Due to their common representation as the “most vulnerable” among migrants, unaccompanied minors reveal, on the one hand, the functioning of transnational migration government. They show how humanitarian and security practices are interconnected rather than opposites. On the other hand, the category of unaccompanied minors induces change: the institutionalization of the category has an impact on the practical organization of the work of child protection and migration officers. It also brings about change in migration policies. This study covers a period of twenty years. It rests on a three-fold fieldwork. Firstly, European forums and political arenas in Brussels are considered, where competition among child protection, migration and security actors can be observed. Resting on organizational and professional logics, these actors aim at imposing their definition of the category of unaccompanied minors as legitimate. Empirical data show the process of communautarisation of this “problem” within what European actors call asylum policies. They also show the redefinition of the “problem” when unaccompanied minors become the target of securitarian practices that are meant to tackle migrant trafficking and smuggling. Secondly, beyond European borders, we consider Egypt as a country that is pointed at by transnational actors as a sending country for unaccompanied underaged migrants. The European Commission and international organisations – namely, the International Organisation for Migrations (OIM) – make efforts in order to induce the Egyptian authorities to recognize unaccompanied minors as a national public problem. They achieve this when a newly created national committee adopts a law against trafficking migrants. The law rests on the notion of vulnerability concerning specific categories of migrants (including unaccompanied minors). Its implementation is based on strengthening the Egyptian border in order to control the departures of migrants towards Europe. Thirdly, the European Union border is taken into account by studying the operations of individualisation – by securitarian and humanitarian agents – of unaccompanied minors arriving by boat, along with disciplining practices implemented by migrant social care officers in Catania (Eastern Sicily). Finally, resistance practices to/through the category unaccompanied minors are studied here. From a methodological point of view, choosing a well defined object, i.e. the category of unaccompanied minors, allows for a broader analysis of the groups of actors involved including decision makers, implementation officers and migrants identifying themselves or being identified as unaccompanied minors. Also, it allows to move the analysis from a decision-making centre, Brussels, towards a transnational space where the category is constantly redefined.